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Kouzmine
« La force de l’art est dans sa perfection, son énergie et sa profondeur philosophique. » Ainsi se souvient Nikolaï Kouzmine des enseignements reçus lors de ses jeunes années d’études, après toute une vie marquée par le succès de sa peinture, représentante libre de l’école moscovite. La perfection formelle, Kouzmine la tient d’un talent naturel sans cesse remis en question, taillé par l’inlassable exercice de sa volonté d’amélioration et portée par les cours des illustres professeurs de la Stroganovka, l’Académie des beaux-arts de Moscou. Une technique pure, irréprochable dans son exécution et ses résultats. Mais aussi une technique en quête de spontanéité et d’une forme d’oubli de soi qui, selon le peintre « laisse le tableau frais, transmettant la vérité des sensations des couleurs et de la lumière », comme pour ne jamais perdre l’élan juvénile et passionné d’un premier jet. |
L’énergie de l’œuvre, sa puissance de mouvoir et d’ébranler, le peintre la tire avant tout de son enfance. Descendant des peuples des grandes rivières du bassin de la Volga, il grandit avec devant le regard des immensités russes, de ces rares étendues du monde où l’imagination jouit de toute la place nécessaire pour déployer pleinement ses ailes. Il en garde « ce sentiment lumineux de son enfance », et son goût pour les grands espaces et leurs promesses éternelles : un sentiment de liberté. Ces sensations de son enfance, Kouzmine les a mises en scène, peintes et repeintes afin de les conserver hors des dépérissements du temps et de la mémoire, répondant à son désir viscéral de transmettre ces images au travers d’un ressenti unique, dont la conscience et la rareté font à elles seules un perpétuel motif de création. La profondeur philosophique de son art, ses fondements intellectuels – plus encore qu’idéologiques : spirituels, Kouzmine se les a constitués tout au long de sa carrière. |
Au commencement de tout il y a l’idée du mouvement, la quête d’un chemin à suivre. L’évocation par le peintre d’un souvenir d’enfance en offre une extraordinaire image : celle d’un tableau emporté par le vent, à la fois objet d’angoisse et de fascination, comme une métaphore métonymique du parcours spirituel de l’artiste, emporté par les forces élémentaires de la Création. Plus tard, c’est à la Stroganovka que le jeune Kouzmine apprend à rechercher une « compréhension philosophique du processus de création. » Il y découvre comment « ne pas copier mais recréer la nature » sur la toile. La création artistique se fait alors quête du divin : la religion vient soutenir l’édifice composé de ses œuvres. Il donne d’ailleurs un rôle prépondérant à « la vierge protectrice de la terre russe » présente dans certaines de ses toiles, l’accompagnant dans son aspiration à « voir ce qui se cache derrière l’horizon, là où se couche le soleil » et à se sentir prendre place dans le grand tableau de la création divine. |
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C’est enfin la volonté constante d’élaborer une approche unique de la peinture, en adéquation avec son histoire, sa personnalité et sa philosophie de vie qui fonde la première qualité de son œuvre : sa sincérité et son humilité. Citons pour finir la sentence de l’un de ses professeurs, qui lui rétorqua un jour, répondant aux interrogations du jeune Kouzmine au sujet des œuvres des meilleurs étudiants de l’académie, exposés dans ses couloirs : « ces tableaux sont exposés pour qu’on ne fasse pas pareil… » Voilà de quoi appeler les jeunes artistes à s’inspirer de Kouzmine pour son esprit d’indépendance et de liberté tout en inventant, eux aussi, leur propre chemin. Thibault Josset |
Du 24 septembre au 20 octobre 2011
Du 22 au 27 novembre 2011
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Illustrations :
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